Quelques années plus tard



    Chez la mère Venet, le chinois distributeur de thé trône toujours sur le rayon supérieur avec le persil et les cornichons.
    Le téléphone, sur l'étagère du bas, est toujours l'ami sur qui on peut compter.
    Les habitués ont pris de la bouteille.
    Deux ou trois vieux tiennent le coup : le père Delattre, essayeur d'obus (sous pression d'eau) pendant la guerre de 1914 ou mademoiselle Paula, ex-amie de Maurice Magre et marraine de guerre de Guillaume Apollinaire.
    Les deux vieilles strip-teaseuses passent toujours pousser leurs ritournelle.


Petite Louise chante Mon yoyo
Gaby Sac de Nœuds l'accompagne au refrain.

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    Grisbi avait tâté de la brocante et fait une tentative chez les mannequins laids.
    Tricard dans tous les bistrots, il partage son temps entre la place des Abbesses et la bouche d'aération Constanttin Pecqueur d'où il peut acheter, par procuration, une bière au Rêve.
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    On sent que la mère Venet, dure à la tâche, est lasse.
    Elle commence à réaliser qu'elle ne pourra pas trouver un successeur qui reprenne son commerce dans les mêmes termes, ce qui la touche plus qu'il n'y paraît.
    Curieusement, elle envisagerait assez volontiers un repreneur asiatique ! Elle ne sait pas qu'ils finiront par envahir les cafés-tabacs.
    Retirée dans la région de Toulouse, elle est morte (elle n'était pas du genre à décéder) le mardi 4 mars 1998, sans qu'on en prenne ombrage car elle avait fait sa part et bien rempli son contrat.